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Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

Posted by Eddy on 30 mai 2015 in Auteur sur kindle |

Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

Un beau livre de Benjamin Constant, « Adolphe », je pense que nous pourrions aussi le définir comme « Ellénore », à vous de me le confirmer.

Benjamin-Constant-Adolphe

Benjamin-Constant-Adolphe

Quelques personnes m’ont demandé ce qu’aurait dû faire Adolphe, pour éprouver et causer moins de peine ?

Sa position et celle d’Ellénore étaient sans ressource, et c’est précisément ce que j’ai voulu.

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Adolphe de Benjamin Constant

Je l’ai montré tourmenté, parce qu’il n’aimait que faiblement Ellénore ; mais il n’eût pas été moins tourmenté, s’il l’eût aimée davantage.

Il souffrait par elle, faute de sentiments : avec un sentiment plus passionné, il eût souffert pour elle.

La société, désapprobatrice et dédaigneuse, aurait versé tous ses venins sur l’affection que son aveu n’eût pas sanctionnée :

C’est ne pas commencer de telles liaisons qu’il faut pour le bonheur de la vie : quand on est entré dans cette route, on n’a plus que le choix des maux…………

Malheureusement sa conduite était plutôt noble et généreuse que tendre.

J’étais pénétré de tous ses droits à ma reconnaissance et à mon respect.

Mais aucune confiance n’avait existé jamais entre nous.Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

Il avait dans l’esprit je ne sais quoi d’ironique qui convenait mal à mon caractère.

Je ne demandais alors qu’à me livrer à ces impressions primitives et fougueuses qui jettent l’âme hors de la sphère commune, et lui inspirent le dédain de tous les objets qui l’environnent.

Je trouvais dans mon père, non pas un censeur, mais un observateur froid et caustique, qui souriait d’abord de pitié, et qui finissait bientôt la conversation avec impatience.

Je ne me souviens pas, pendant mes dix-huit premières années, d’avoir eu jamais un entretien d’une heure avec lui.

Ses lettres étaient affectueuses, pleines de conseils, raisonnables et sensibles ; mais à peine étions-nous en présence l’un de l’autre qu’il y avait en lui quelque chose de contraint que je ne pouvais m’expliquer, et qui réagissait sur moi d’une manière pénible…..

Pendant près d’un an, dans nos conversations inépuisables, nous avions envisagé la vie sous toutes ses faces, et la mort toujours pour terme de tout ; et après avoir tant causé de la mort avec elle, j’avais vu la mort la frapper à mes yeux.

Cet événement m’avait rempli d’un sentiment d’incertitude sur la destinée, et d’une rêverie vague qui ne m’abandonnait pas.

Je lisais de préférence dans les poètes ce qui rappelait la brièveté de la vie humaine.

Je trouvais qu’aucun but ne valait la peine d’aucun effort.

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Il est assez singulier que cette impression se soit affaiblie précisément à mesure que les années se sont accumulées sur moi.

Serait-ce parce qu’il y a dans l’espérance quelque chose de douteux, et que, lorsqu’elle se retire de la carrière de l’homme, cette carrière prend un caractère plus sévère, mais plus positif ?…………….

Je n’avais de haine contre personne, mais peu de gens m’inspiraient de l’intérêt ; or les hommes se blessent de l’indifférence, ils l’attribuent à la malveillance ou à l’affectation ; ils ne veulent pas croire qu’on s’ennuie avec eux, naturellement……….

Il avait pour principe qu’un jeune homme doit éviter avec soin de faire ce qu’on nomme une folie, c’est-à-dire de contracter un engagement durable avec une personne qui ne fût pas parfaitement son égale pour la fortune, la naissance et les avantages extérieurs ; mais du reste, toutes les femmes, aussi longtemps qu’il ne s’agissait pas de les épouser, lui paraissaient pouvoir, sans inconvénient, être prises, puis être quittées ; et je l’avais vu sourire avec une sorte d’approbation à cette parodie d’un mot connu :

«Cela leur fait si peu de mal, et à nous tant de plaisir !»

Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

Elle me raconta ce qu’elle avait souffert en essayant de s’éloigner de moi ; que de fois elle avait espéré que je la découvrirais malgré ses efforts ; comment le moindre bruit qui frappait ses oreilles lui paraissait annoncer mon arrivée ; quel trouble, quelle joie, quelle crainte elle avait ressentis en me revoyant ; par quelle défiance d’elle-même, pour concilier le penchant de son cœur avec la prudence, elle s’était livrée aux distractions du monde, et avait recherché la foule qu’elle fuyait auparavant.

Il ne tarda pas à soupçonner mes relations avec Ellénore ; il me reçut chaque jour d’un air plus froid et plus sombre.

Je parlai vivement à Ellénore des dangers qu’elle courait ; je la suppliai de permettre que j’interrompisse pour quelques jours mes visites ; je lui représentai l’intérêt de sa réputation, de sa fortune, de ses enfants.

Elle m’écouta longtemps en silence ; elle était pâle comme la mort.

«De manière ou d’autre, me dit-elle enfin, vous partirez bientôt ; ne devançons pas ce moment ; ne vous mettez pas en peine de moi.

Gagnons des jours, gagnons des heures : des jours, des heures, c’est tout ce qu’il me faut.

Je ne sais quel pressentiment me dit, Adolphe, que je mourrai dans vos bras.»

Nous continuâmes donc à vivre comme auparavant, moi toujours inquiet, Ellénore toujours triste, le comte de P** taciturne et soucieux.

Je me reposais, pour ainsi dire, dans l’indifférence des autres, de la fatigue de son amour.

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Je n’osais cependant laisser soupçonner à Ellénore que j’aurais voulu renoncer à nos projets.

Elle avait compris par mes lettres qu’il me serait difficile de quitter mon père ; elle m’écrivit qu’elle commençait en conséquence les préparatifs de son départ.

Je fus longtemps sans combattre sa résolution ; je ne lui répondais rien de précis à ce sujet.

Je lui marquais vaguement que je serais toujours charmé de la savoir, puis j’ajoutais, de la rendre heureuse : tristes équivoques, langage embarrassé que je gémissais de voir si obscur, et que je tremblais de rendre plus clair !

Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

Je me déterminai enfin à lui parler avec franchise ; je me dis que je le devais ; je soulevai ma conscience contre ma faiblesse ; je me fortifiai de l’idée de son repos contre l’image de sa douleur.

Je me promenais à grands pas dans ma chambre, récitant tout haut ce que je me proposais de lui dire.

Mais à peine eus-je tracé quelques lignes, que ma disposition changea : je n’envisageai plus mes paroles d’après le sens qu’elles devaient contenir, mais d’après l’effet qu’elles ne pouvaient manquer de produire ; et une puissance surnaturelle dirigeant, comme malgré moi, une main dominée, je me bornai à lui conseiller un retard de quelques mois.

Je n’avais pas dit ce que je pensais.

Ma lettre ne portait aucun caractère de sincérité.

Les raisonnements que j’alléguais étaient faibles, parce qu’ils n’étaient pas les véritables.

Je me répétai que, puisque j’avais pris la responsabilité du sort d’Ellénore, il ne fallait pas la faire souffrir.

Je parvins à me contraindre ; je renfermai dans mon sein jusqu’aux moindres signes de mécontentement, et toutes les ressources de mon esprit furent employées à me créer une gaieté factice qui pût voiler ma profonde tristesse.

Ce travail eut sur moi-même un effet inespéré.

Nous sommes des créatures tellement mobiles, que, les sentiments que nous feignons, nous finissons par les éprouver.

De mon côté, quand Ellénore paraissait contente, je m’irritais de la voir jouir d’une situation qui me coûtait mon bonheur, et je la troublais dans cette courte jouissance par des insinuations qui l’éclairaient sur ce que j’éprouvais intérieurement.

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Nous nous attaquions donc tour à tour par des phrases indirectes, pour reculer ensuite dans des protestations générales et de vagues justifications, et pour regagner le silence.

Car nous savions si bien mutuellement tout ce que nous allions nous dire que nous nous taisions pour ne pas l’entendre.

Écoutez, poursuivit-il, il faut dans ce monde savoir ce qu’on veut.

Vous n’épouserez pas Ellénore ?

Non, sans doute, m’écriai-je ; elle-même ne l’a jamais désiré.

— Que voulez-vous donc faire ?

Elle a dix ans de plus que vous ; vous en avez vingt-six ; vous la soignerez dix ans encore ; elle sera vieille ; vous serez parvenu au milieu de votre vie, sans avoir rien commencé, rien achevé qui vous satisfasse.

Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

L’ennui s’emparera de vous, l’humeur s’emparera d’elle ; elle vous sera chaque jour moins agréable, vous lui serez chaque jour plus nécessaire ; et le résultat d’une naissance illustre, d’une fortune brillante, d’un esprit distingué, sera de végéter dans un coin de la Pologne, oublié de vos amis, perdu pour la gloire, et tourmenté par une femme qui ne sera, quoi que vous fassiez, jamais contente de vous.

Je n’ajoute qu’un mot, et nous ne reviendrons plus sur un sujet qui vous embarrasse.

Toutes les routes vous sont ouvertes : les lettres, les armes, l’administration ; vous pouvez aspirer aux plus illustres alliances ; vous êtes fait pour aller à tout : mais souvenez-vous bien qu’il y a, entre vous et tous les genres de succès, un obstacle insurmontable, et que cet obstacle est Ellénore.

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Adolphe de Benjamin Constant

Nous retombâmes dans le silence.

Le ciel était serein ; mais les arbres étaient sans feuilles ; aucun souffle n’agitait l’air, aucun oiseau ne le traversait : tout était immobile, et le seul bruit qui se fît entendre était celui de l’herbe glacée qui se brisait sous nos pas.

«Comme tout est calme, me dit Ellénore ; comme la nature se résigne !

Le cœur aussi ne doit-il pas apprendre à se résigner ?»

Adolphe de Benjamin Constant, Ellénore….

Elle s’assit sur une pierre ; tout à coup elle se mit à genoux, et, baissant la tête, elle l’appuya sur ses deux mains.

J’entendis quelques mots prononcés à voix basse.

Je m’aperçus qu’elle priait.

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Se relevant enfin :

«Rentrons, dit-elle, le froid m’a saisie.

J’ai peur de me trouver mal.

Ne me dites rien ; je ne suis pas en état de vous entendre.»

 

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