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Contes Rapides de François Coppée…

Posted by Eddy on 23 juin 2015 in Auteur sur kindle |

 

Contes Rapides de François Coppée,

 

Aujourd’hui nous vous proposons 12 très belles Histoires (Contes Rapides) de François Coppée : L’Invitation au Sommeil, Le Numéro du Régiment, L’Orgue de

Contes Rapides de François Coppée

Contes Rapides de François Coppée

Barbarie, Le Convalescent, Œuvres posthumes, A Table, Les Pommes cuites, Lettres d’Amour, Mariages manqués, Jalousie, Fille de Tristesse, Les Sabots du petit Wolff.

Voici des extraits :

Ils avaient mangé des artichauts à la poivrade sous la tonnelle fleurie de capucines, bu du «reginglet» qui râpe le gosier, couché dans des draps de paysan, bien blancs et bien rudes ; ils avaient surtout couru au hasard sous le taillis, où elle avait cueilli et mangé des mûres et des fraises sauvages, et où, comme un berger de Théocrite et comme un calicot du dimanche, il avait gravé son initiale et celle de Maria, avec son canif, sur l’écorce blanche d’un bouleau.

Mais l’instant le plus doux de ces douces heures, – l’instant dont le souvenir fera naître encore un souvenir sur ses lèvres de vieillard, dans quarante ou cinquante ans, quand il traînera sa canne d’invalide sur le sable de la Petite-Provence, – ce fut vers onze heures du soir, la veille du départ.

Comme il pleuvait à verse, ils s’étaient attardés devant la cheminée de la cuisine, lui, séchant ses gros souliers de chasse, elle, arrangeant la gerbe de fleurs des champs qu’elle voulait rapporter à Paris.

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Puis, ils étaient remontés dans leur chambre, où ils avaient fourbancé quelque temps, en riant d’entendre, dans la salle basse, traîner la jambe boiteuse de l’aubergiste, qui fermait ses volets.

Enfin tout s’était tu ; la pluie avait cessé, et ils s’étaient sentis tout à coup environnés par le grand silence et la profonde solitude de la campagne nocturne.

On vient de donner l’absoute.

Il prend la file, jette l’eau bénite, remonte dans son fiacre ; et le cortège se met en route vers les faubourgs, sous la pluie fine et froide.

Puis, au cimetière, c’est l’éternelle et lugubre comédie : les gens qui, tout le long du chemin, ont ri d’un scandale arrivé la veille, et qui se composent un visage digne ou chagrin en se rangeant autour de la fosse béante ; l’orateur ridicule qui ment comme un dentiste, en parlant du mort, dans l’espoir de quelque réclame ; et, dans un coin, témoignage de la belle existence du défunt, sa maîtresse, une catin hors d’âge, dont le deuil semble un déguisement et dont les larmes font couler le maquillage.

Écoutez la vieille polka que joue l’orgue de Barbarie haletant, au fond du crépuscule de Novembre.

Ne dirait-on pas le chant d’une folle, entrecoupé de sanglots ?

Contes Rapides de François Coppée,

Il vous invitait souvent à la danser avec lui, cette polka, le beau jeune homme brun, à la moustache militaire, si élégant dans son frac bien coupé, que, dans vos pensées, vous appeliez par son petit nom, Frédéric.

Il vous invitait à la danser avec lui, cette polka, et la mazourke aussi, et la valse.

Votrevoix tremblait un peu, quand vous répondiez :

«Oui, monsieur ;» et votre main aussi tremblait, quand vous la mettiez dans la sienne.

Car c’était un fils de famille, un assez mauvais sujet, disait-on, qui avait eu un duel, – quel prestige ! – et dont le père avait deux fois payé les dettes.

La faim étant déjà un peu apaisée, ils s’animaient, parlaient avec plus d’abandon.

De légers rires couraient.

Oh ! La charmante et gracieuse compagnie.

Alors, le Rêveur, l’hôte silencieux, fut pris d’une tristesse infinie ; car tout ce qu’il faut de travail et de douleur pour créer le confortable et le bien-être venait de surgir devant son imagination.

Pour que ces hommes du monde puissent être vêtus seulement d’un mince frac en plein Décembre, pour que ces femmes montrent leurs bras et leurs épaules, le calorifère répand dans la chambre la chaleur d’une matinée de printemps.

Mais qui donc a fourni la houille ?

Le damné du pays noir, l’ouvrier souterrain qui vit dans l’enfer des mines.

– Combien la peau de cette jeune dame est blanche et fraîche pour émerger ainsi, victorieusement, de ce corsage de satin rose.

Mais qui donc l’a tissé, ce satin ?

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L’araignée humaine de Lyon, le canut toujours à son métier dans les maisons lépreuses de la Croix-Rousse.

– Elle porte à ses mignonnes oreilles deux admirables perles, la jeune dame.

Quel orient !

Quelle transparence opaline !

Et presque sphériques !

La perle que Cléopâtre avala, après l’avoir fait dissoudre dans du vinaigre, et qui valait dix mille grands sesterces, n’était pas plus pure.

Mais sait-elle, la jeune dame, que tout là-bas, à Ceylan, sur les bancs d’huîtres perlières d’Arippo et de Condatchy, les Indiens de la Compagnie des Indes plongent à douze brasses de profondeur, héroïquement, un pied dans le lourd étrier de pierre qui les entraîne au fond, un couteau dans la main gauche pour combattre le requin ?

Contes Rapides de François Coppée,

La sœur tourière, après un regard jeté sur ma carte, me dit que j’étais attendu, et, me précédant à travers les vastes corridors du rez-de-chaussée, attristés par un badigeon jaunâtre, elle m’introduisit dans le salon de réception.

C’était une pièce froide et nue, qu’enlaidissait un banal meuble de velours vert, et qui avait pour tout ornement un grand Christ de bois grossièrement sculpté, remplaçant la glace de la cheminée.

J’eus un léger frisson, je me rappelai que celle que je venais voir était une repentie, je songeai à sa vie de solitude et d’expiation, et, comme j’éprouvais encore un reste de l’ivresse que m’avait versée la beauté du jour, je comparai mon sort à celui de cette pauvre femme et je me sentis le cœur plein de pitié pour elle.

«En ce moment, la porte s’ouvrit, et Mme Daveluy, vêtue d’une robe sombre, entra dans le salon et vint à moi…

«Ah ! Mon ami, traite-moi d’insensé, si tu veux, mais l’amour foudroyant existe.

La femme que, toute ma vie, j’avais rêvée, cherchée, attendue, c’était elle !

Je ne te la décrirai pas ; on ne décrit pas un enchantement, un charme.

Je ne te décrirai pas ce corps de Diane qui se trahissait sous l’étoffe noire, et cette tête pâle, d’un modelé exquis, éclairée par des yeux magiques.

Imagine le type de femme cher à Léonard de Vinci, mais plus tendre, laissant deviner de la bonté au fond de son mystère ; imagine la Joconde qui aurait pleuré !

Son âge ?

Nul n’aurait pu lui donner un âge.

Elle avait l’âge de la beauté victorieuse, que les larmes n’ont pu altérer et que la douleur a rendue plus touchante.

C’est à peine croyable, mais au premier regard dont elle m’enveloppa, j’oubliai tout : qui elle était, où nous étions, et sa fille dont j’avais demandé la main, et le but de ma visite ; et, après l’avoir saluée machinalement, je restai silencieux devant elle, envahi par une émotion profonde, tout à la sensation présente, comme on est en rêve.

«Elle s’assit avec une grâce royale, et, m’invitant à en faire autant, elle prononça quelques mots de politesse.

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Sa voix me passa sur les nerfs comme une musique délicieuse.

«Alors elle commença à me parler de Simonne, et il me sembla que mon beau songe se transformait tout à coup en un cauchemar absurde et affreux.

Cette femme me parlait, comme d’une chose conclue, de mon mariage avec sa fille ; elle me remerciait de ma démarche, tout en ajoutant qu’elle n’avait que peu de droits sur Simonne et qu’elle s’en rapportait à la sagesse de M. Daveluy.

Contes Rapides de François Coppée,

Elle faisait allusion à son passé avec un tact parfait, exprimait tendrement ses sentiments maternels…

Et moi, comprenant à peine, moi, fasciné par son regard, enchanté par le son de sa voix, j’aurais voulu tomber à ses genoux, couvrir ses mains de baisers et la supplier de disposer de ma vie !

Par cette belle fin de Septembre, si sereine et si pure, les arbres doivent être admirables avec leurs feuilles flétries.

Nous dresserons le couvert auprès de la fenêtre ouverte ; un doux rayon de soleil caressera la nappe blanche et fera étinceler la vaisselle, et nous déjeunerons gaiement, sans pouvoir nous quitter des yeux, nous taisant, attendris, ou bavardant et faisant mille projets.

Après m’avoir versé mon café, Marguerite viendra s’asseoir auprès de moi, comme jadis ; elle joindra sur mon épaule ses deux mains, et posera dessus son gentil menton, en me regardant de tout près.

Je respirerai sa fine odeur de blonde, ses cheveux chatouilleront mes lèvres, je lui montrerai le lit du doigt, son clignement d’yeux consentira ; et alors, vite, vite, je fermerai les volets, la fenêtre, les rideaux, elle allumera les bougies, j’arracherai mes vêtements, et, tandis qu’elle se déshabillera, plus lente, je l’attendrai, frémissant, le coude dans l’oreiller, et tant mieux si mon coeur éclate et si je meurs de joie, quand je verrai sa nuque et ses épaules émergeant de son corset de satin noir et son voluptueux sourire reflété dans l’armoire à glace !

Oui ! Voilà ce que je puis avoir demain, après ces six mois de solitude, d’horrible solitude.

Voilà ce que je puis avoir demain, si je veux.

La liberté, le bonheur, l’amour !…

Eh bien, cela ne sera pas.

Je me tuerai tout à l’heure, quand j’aurai noirci ces quelques feuillets où j’essaie de m’expliquer à moi-même la cause de mon impérieux besoin de mourir.

Ah ! le gardien, qui, malgré le règlement, a bien voulu me vendre le rat de cave à la lueur duquel j’écris ces lignes, et qui, demain, quand il viendra pour me délivrer, me trouvera pendu à l’un de ces barreaux, raide, déjà froid, la face noire et la langue tirée, sera bien surpris, n’est-ce pas ?

Or, deux ans après la mort de sa mère, – nous avons dit quel pieux et ardent souvenir il lui gardait, – Michel fut invité à un dîner qu’un de ses amis, un prix de Rome partant pour la Villa Médicis, offrait chez Foyot à quelques camarades d’atelier.

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Michel – il allait avoir trente ans, et son deuil récent avait encore augmenté sa gravité naturelle – tomba au milieu d’une bande de tapageurs, tous plus jeunes que lui, aux allures de rapins, qui, après le chablis et les huîtres, étaient grisés déjà par leurs blagues et leurs éclats de rire.

Au dessert, ces artistes, qui avaient tous dans l’esprit un idéal élevé ou tout au moins un goût délicat, rivalisèrent de cyniques propos ; et un grand diable de sculpteur ayant crié qu’il y avait, depuis quelques jours, de jolies «débutantes» dans un mauvais lieu du quartier Latin, à deux pas de là, la bête sensuelle qui dort au fond de chaque homme se réveilla tout à coup chez ces jeunes gens, et l’on se mit à hurler :

«Allons chez Dolorès !…

Allons voir ces dames !»

Michel aurait bien voulu s’esquiver.

Tant de brutalité lui répugnait, et il avait bu modérément.

Pourtant, par faiblesse, pour faire comme tout le monde, craignant les railleries peut-être, il suivit les camarades.

– «Bah ! – se dit-il, – j’en serai quitte pour payer quelques bouteilles de bière.»

Un quart d’heure après, toute la bande, après avoir gravi un étroit et sordide escalier, pénétrait dans le «salon» de Mme Dolorès, où sept ou huit malheureuses, en parures obscènes et ridicules, casquées d’énormes chevelures, étaient vautrées sur un divan circulaire.

Elles saluèrent les nouveaux venus d’un «bonsoir, messieurs,» chanté par un choeur de voix traînardes et indifférentes, et Michel, entré derrière les autres, fut tout d’abord écoeuré par une bouffée chaude où se combinaient les odeurs du tabac, du gaz, de la parfumerie grossière et de la chair de femme au rabais.

Contes Rapides de François Coppée,

Tout de suite, on déboucha les cruchons, et l’un des jeunes gens se mit au piano.

L’orgie à prix fixe commençait avec sa bêtise accoutumée.

Michel, absolument dégoûté, s’était assis dans un coin du salon, encombré par tant de monde.

Il était content d’être oublié là et fumait cigarette sur cigarette…….

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