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L’archipel de la manche de Victor Hugo.

Posted by Eddy on 3 juillet 2015 in Auteur sur kindle |

 

L’archipel de la manche de Victor Hugo.

 

Vous trouverez maintenant un magnifique livre en PDF sur les Îles de la Manche, proposé par Victor Hugo, c’est un grand plaisir de le lire.

LArchipel-de-la-Manche de Victor Hugo

LArchipel-de-la-Manche de Victor Hugo

C’est au treizième siècle que la mer a fait le Zuyderzée ; c’est au quinzième qu’elle a créé la baie de Bies-Bosch en supprimant vingt-deux villages ; c’est au seizième qu’elle a improvisé le golfe de Dollart, en engloutissant Torum.

Il y a cent ans, devant le Bourg-d’Ault, aujourd’hui coupé à pic sur la falaise normande, on voyait encore sous les vagues le clocher de l’ancien Bourg-d’Ault submergé.

A Écré-Hou, on distingue, dit-on, parfois, à marée basse, les arbres aujourd’hui sous-marins de la forêt druidique noyée au huitième siècle.

Jadis Guernesey adhérait à Herm, Henri à Serk, Serk à Jersey et Jersey à la France.

Entre la France et Jersey, un enfant enjambait le détroit.

On y jetait un fagot, quand l’évêque de Coutances passait, pour que l’évêque ne se mouillât point les pieds.

La mer édifie et démolit ; et l’homme aide la mer, non à bâtir, mais à détruire.

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De toutes les dents du temps, celle qui travaille le plus, c’est la pioche de l’homme.

L’homme est un rongeur.

Tout sous lui se modifie et s’altère, soit pour le mieux, soit pour le pire.

Ici il défigure, là il transfigure.

La brèche de Roland n’est pas si fabuleuse qu’elle en a l’air ; l’entaille de l’homme est sur la nature.

La balafre du travail humain est visible sur l’œuvre divine.

Il semble que l’homme soit chargé d’une certaine quantité d’achèvement.

Il approprie la création à l’humanité.

Telle est sa fonction.

Il en a l’audace ; on pourrait presque dire, l’impiété.

La collaboration est parfois offensante.

L’homme, ce vivant à brève échéance, ce perpétuel mourant, entreprend l’infini.

L’archipel de la manche de Victor Hugo.

A tous les flux et reflux de la nature, à l’élément qui veut communiquer avec l’élément, aux phénomènes ambiants, à la vaste navigation des forces dans les profondeurs, l’homme signifie son blocus.

Il dit lui aussi son Tu n’iras pas plus loin.

Il a sa convenance, et il faut que l’univers l’accepte.

N’a-t-il pas d’ailleurs un univers à lui ?

Il entend faire ce que bon lui semble.

Un univers est une matière première.

Le monde, œuvre de Dieu, est le canevas de l’homme.

Tout borne l’homme, mais rien ne l’arrête.

Il réplique à la limite par l’enjambée.

L’impossible est une frontière toujours reculante.

Une formation géologique qui a à sa base la boue du déluge et à son sommet la neige éternelle, est pour l’homme un mur comme un autre ; il la perce, et passe outre.

Il coupe un isthme, force un volcan, menuise une falaise, évide un gisement, met un promontoire en petits morceaux.

Jadis il se donnait toute cette peine pour Xercès ; aujourd’hui, moins bête, il se la donne pour lui-même.

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Cette diminution de bêtise s’appelle le progrès.

L’homme travaille à sa maison, Et sa maison, c’est la terre.

Il dérange, déplace, supprime, abat, rase, mine, sape, creuse, fouille, casse, pulvérise, efface cela, abolit ceci, et reconstruit avec de la destruction.

Rien ne le fait hésiter, nulle masse, nul bloc, nul encombrement, nulle autorité de la matière splendide, nulle majesté de la nature.

Si les énormités de la création sont à sa portée, il les bat en brèche.

Ce côté de Dieu qui peut être ruiné le tente, et il monte à l’assaut de l’immensité, le marteau à la main.

L’avenir verra peut-être mettre en démolition les Alpes.

Globe, laisse faire ta fourmi.

L’enfant, brisant son jouet, a l’air d’en chercher l’âme.

L’homme aussi semble chercher l’âme de la Terre.

Les vagues l’ont savamment déchiquetée.

La nuit, sur la pointe des rochers suspects, des clartés invraisemblables, aperçues, dit-on, et affirmées par des rôdeurs de mer, avertissent ou trompent.

Ces mêmes rôdeurs, hardis et crédules, distinguent sous l’eau l’holothurion des légendes, cette ortie marine et infernale qu’on ne peut toucher sans que la main prenne feu.

Telle dénomination locale, Tinttajeu, par exemple (du gallois, Tin-Tagel), indique la présence du diable.

L’archipel de la manche de Victor Hugo.

Eustache, qui est Wace, le dit dans ses vieux vers :

Dont commença mer à meller,

Undes à croistre et à troubler,

Noircir il deux, noircir la nue :

Tost fust la mer toute espandue.

Cette Manche est aussi insoumise aujourd’hui qu’au temps de Tewdrig, d’Umbrafel, d’Hamon-dhû, le noir, et du chevalier Emyr Lhydau, réfugié à l’île de Groie, près de Quimperlé.

Il y a, dans ces parages, des coups de théâtre de l’océan desquels il faut se défier.

Celui-ci par exemple, qui est un des caprices les plus fréquents de la rose des vents des Channel Islands : une tempête souffle du sud-est ; le calme arrive, calme complet ; vous respirez ; cela dure parfois une heure ; tout à coup l’ouragan, disparu au sud-est, revient du nord-ouest ; il vous prenait en queue, il vous prend en tête ; c’est la tempête inverse.

Si vous n’êtes pas un ancien pilote et un vieil habitué, si vous n’avez pas, profitant du calme, pris la précaution de renverser votre manœuvre pendant que le vent se renversait, c’est fini, le navire se disloque et sombre.

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En ce temps-là, au dire de Dumaresq, il y avait dans les îles de la Manche un volcan.

La date des douze paroisses de Jersey est inscrite dans le Livre Noir de la cathédrale de Coutances.

Le sire de Briquebec s’intitulait baron de Guernesey.

Aurigny était le fief d’Henri l’Artisan.

Jersey a subi deux voleurs, César et Rollon.

Haro est un cri au duc (Ha ! Rollo !), à moins qu’il ne vienne du saxon haran, crier.

Le cri Haro se répète trois fois, à genoux, sur la grande route, et tout travail cesse dans le lieu où le cri a été poussé jusqu’à ce que justice ait été rendue.

Avant Rollon, duc des Normands, il y avait eu, sur l’archipel, Salomon, roi des Bretons.

De là beaucoup de Normandie à Jersey et beaucoup de Bretagne à Guernesey ; la nature y répercute l’histoire ; Jersey a plus de prairies, et Guernesey plus de rochers ; Jersey est plus verte et Guernesey plus âpre.

Les gentilhommières couvraient les îles.

Le comte d’Essex a laissé une ruine à Aurigny, Essex Castle.

Jersey a Montorgueil, Guernesey le château Cornet.

Le château Cornet est construit sur un rocher qui a été un Holm, ou Heaume.

Cette métaphore se retrouve dans les Casquets, Casques.

L’archipel de la manche de Victor Hugo.

Le château Cornet a été assiégé par le pirate picard Eustache, et Montorgueil par Duguesclin ; les forteresses comme les femmes se vantent de leurs assiégeants quand ils sont illustres.

Un pape, au quinzième siècle, a déclaré Jersey et Guernesey îles neutres.

Il songeait à la guerre, et non au schisme.

Calvin, prêché à Jersey par Pierre Morice et à Guernesey par Nicolas Baudoin, a fait son entrée dans l’archipel normand en 1563.

Il y a prospéré, ainsi que Luther, fort gêné pourtant aujourd’hui par le wesleyanisme, excroissance du protestantisme qui contient l’avenir de l’Angleterre.

Les églises abondent dans l’archipel.

Quand il s’agit de Voltaire, toutes les dissidences se rallient, le mormon coïncide avec l’anglican, l’accord se fait dans la colère, et toutes les sectes ne sont plus qu’une haine. L’anathème à Voltaire est le point d’intersection de toutes les variétés du protestantisme.

Un fait remarquable, c’est que le catholicisme déteste Voltaire, et que le protestantisme l’exècre.

Genève enchérit sur Rome.

Il y a crescendo dans la malédiction.

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Calas, Sirven, tant de pages éloquentes contre les dragonnades n’y font rien.

Voltaire a nié le dogme, cela suffit.

Il a défendu les protestants, mais il a blessé le protestantisme.

Les protestants le poursuivent d’une ingratitude orthodoxe.

Quelqu’un qui avait à parler en public à Saint-Hélier pour une quête, fut prévenu que, s’il nommait Voltaire dans son speech, la quête avorterait.

Tant que le passé aura assez de souffle pour avoir la parole, Voltaire sera rejeté.

Écoutez toutes ces voix : il n’a ni génie, ni talent, ni esprit.

On l’a insulté vieux, on le proscrit mort.

Il est éternellement « discuté ».

C’est là sa gloire.

Parler de Voltaire avec calme et justice, est-ce que c’est possible ?

Quand un homme domine un siècle et incarne le progrès, il n’a plus affaire à la critique, mais à la haine.

Un jour (le 26 mai 1865) je reçus la visite d’un jersiais et d’un anglais, deux parfaits gentlemen.

Le jersiais me dit : je m’appelle Larbalestier.

Ne me voyant pas suffisamment ému, il ajouta : je suis un Larbalestier d’une famille des croisades.

L’anglais me dit : Je me nomme Brunswill.

Je descends de Guillaume le Conquérant. Je leur demandai :

Connaissez-vous un guernesiais, M. Overend, qui descend de Rollon ?

Il y a à Saint-Sampson un Granité Club.

Ce club est composé de casseurs de pierre, qui, le 31 mai, mettent une rosette bleue à leur boutonnière.

Mai est aussi l’époque des cricket-match.

L’archipel de la manche de Victor Hugo.

Les îles normandes ont une impassibilité singulière.

Tel détail émeut l’Angleterre dont elles ne semblent pas s’apercevoir.

Il arriva à l’auteur de ce livre de faire un jour un barbarisme anglais, ce qui lui était d’autant plus facile qu’il ne sait pas l’anglais.

Trompé par le faux renseignement que lui donna une coquille dans un dictionnaire de poche, il écrivit bug-pipe au lieu de bag-pipe.

Un u pour un a !

C’était une énormité.

Bug et non bag, c’était presque Schiboleth au lieu de Siboleth.

Jadis l’Angleterre brûlait les gens pour cela.

Cette fois Albion se contenta de lever les mains au ciel.

Est-il possible qu’un homme qui ne sait pas l’anglais fasse une faute d’anglais !

Nombre de journaux firent sur ce scandale leur premier-Londres.

Bug-pipe !

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Ce fut dans toute la Grande-Bretagne une sorte de soulèvement.

Croirait-on que Guernesey conserva son calme ?

L’archipel abonde en excellentes plantes de pharmacie et de cuisine, un peu dédaignées des habitants.

Ils s’étonnent de voir les Français manger en salades des pissenlits, des mâches, ce qu’ils appellent « de la sarcle », de que qui est aîné comme fi (amer comme fiel).

Il faut se défier d’un champignon propre aux prairies salées, large et trapu, qu’on nomme tabouret-de-crapaud.

Partout se dressent, même au-dessus des chaumières, les mâts à arborer des pavillons ; pavoiser sa maison, grande satisfaction anglaise.

Sur le gazon ras des jachères, les gâteaux noirs coupés dans les tourbières sèchent au vent et au soleil.

Les vastes vaines pâtures de l’Ancresse sont fermées de barrières que des enfants demi-nus vous ouvrent pour un penny.

Les enfants pauvres ont des écoles gratuites officiellement qualifiées Écoles des Déguenillés (Raggeds’ schools).

Ces duretés de langage n’étonnent pas le goût anglais.

Il y a des bateaux à vapeur où on lit cette inscription à côté du timonier : ne parlez pas à cet homme.

En France on dirait : « on est prié de ne pas parler au timonier ».

C’est en Angleterre qu’il faut aller voir par curiosité l’abîme qui sépare « un homme » d’« un monsieur ».

Sous ce rapport les îles normandes sont l’Angleterre.

Rien ne sort plus lentement de terre qu’une statue, et rien ne pousse plus vite.

Quand ce n’est pas le chêne, c’est le champignon.

Shakespeare attend toujours sa statue en Angleterre, Beccaria attend toujours sa statue en Italie, mais il paraît que M. Dupin va avoir la sienne en France.

On aime à voir ces hommages publics rendus aux hommes qui honorent un pays, comme à Londres, par exemple, où l’émotion, l’admiration, le regret, et la foule en deuil ont été crescendo aux trois enterrements de Wellington, de Palmerston, et du boxeur Tom Sayers.

L’archipel de la manche de Victor Hugo.

Jersey a un Mont-aux-Pendus, ce qui manque à Guernesey.

Il y a soixante ans on a pendu un homme à Jersey pour douze sous pris dans un tiroir ; il est vrai qu’à la même époque en Angleterre on pendait un enfant de treize ans pour un vol de gâteaux et en France on guillotinait Lesurques, innocent.

Beautés de la peine de mort.

Aujourd’hui Jersey, plus avancée que Londres, ne tolérerait plus le gibet.

La peine de mort est tacitement abolie.

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