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SMAR, de Gustave Flaubert.

Posted by Eddy on 2 septembre 2015 in Auteur sur kindle |

SMAR, de Gustave Flaubert.

 

Smar de Gustave Flaubert

Smar de Gustave Flaubert

Voici un livre original, une conversation entre le bien et le mal ou vice versa, c’est assez désarment, mais pas avec beaucoup de bon sens à méditer pour votre avenir….

Un livre de l’auteur Gustave Flaubert.

L’Editeur : Les Editions PEL.

Extraits :

Le Christ était venu sur la terre, comme une oasis dans le désert, comme une lueur dans l’ombre.

Et l’oasis s’était tarie, et la lueur n’était plus, et tout n’était que ténèbres.

L’humanité, qui, un moment, avait levé la tête vers le ciel, l’avait reportée sur la terre ; elle avait recommencé sa vieille vie, et les empires allaient toujours, avec leurs ruines qui tombent, troublant le silence du temps, dans le calme du néant et de l’éternité.

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SMAR, de Gustave Flaubert.

Les races s’étaient prises d’une lèpre à l’âme.

Tout s’était fait vil.

satan : Embarrassé pour si peu de chose !

Cela est clair comme le jour, car tu dépeins à tout le monde la nature de cette âme, ses besoins, ses douleurs, ses destinées, ses châtiments ; et tu te sens embarrassé pour si peu de choses !

Comment ?

Mon ami, je te croyais plus d’intelligence pour un homme du Seigneur.

Heureux homme !

Tu es donc sans conscience, puisque tu enseignes et démontres des choses que tu ne sais pas.

yuk, à la femme : Heureuse avec un pareil homme ?

la femme : Mon dieu, oui, il le faut bien.

yuk : Oui, il faut bien se résigner, n’est-ce pas ?

SMAR, de Gustave Flaubert.

Mais pour cela le cœur est lourd, tout en faisant le ménage on est triste, et de grosses larmes vous remplissent les yeux :

« Si le sort avait voulu pourtant, je serais autre, mon mari serait beau, grand, joli cavalier, aux sourcils noirs et aux dents blanches, à la bouche fraîche ; pourquoi donc n’ai-je pas eu ce bonheur ? », et l’on rêve longtemps, on s’ennuie, le mari revient, il sent le vin, l’ivrogne !

Quel homme !

Vous vous demandez si cela sera toujours ainsi, on se sent seule, isolée dans le monde, sans amour ; il fait bon en avoir pour vivre !

Jadis vous avez vu un beau jeune homme qui vous baisait la main, et souvent les soldats passent sous vos fenêtres ; aux bains vous avez aperçu (et vous avez rougi aussitôt) des hommes nus, la drôle de chose !

Et vous rêvez de tout cela, ma petite.

Le soir, en vous couchant, vous vous trouvez bien malheureuse et vous vous endormez en pensant aux hommes des bains publics, à votre jeune amant, aux soldats, que sais-je ?

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Vous avez un bataillon de cuisses charnues dans la tête :

« Si j’en avais seulement deux sur les miennes », dites-vous, et vous faites les plus beaux rêves du monde.

Prend, soutiens-moi.

satan : Rapproche-toi plus près de moi, viens, cramponne-toi à mes pieds, si tu as peur.

smar : Étrange spectacle !

Voilà le globe qui est là, devant moi, et je l’embrasse d’un coup d’œil ; la terre me semble entourée d’une auréole bleue et les étoiles fixées sur un fond noir.

satan : Avais-tu donc rêvé quelquefois quelque chose d’aussi vaste ?

smar : Oh ! Non, je ne croyais pas l’infini si grand !

satan : Et tu prétendais cependant l’embrasser dans ta pensée, car chaque jour tu disais :

Dieu !

Éternité !

Et tu te perdais dans la grandeur de l’un, dans l’immensité de l’autre.

smar : Cela est vrai.

Une telle vue surpasse les bornes de l’âme, il faudrait être un dieu pour se le figurer.

Comme cela est grand !

Comme les océans noirs paraissent petits !

Ils montent toujours.

Eh quoi ?

Nous montons toujours ?

Mais où allons-nous ?

satan : Pourquoi cette question d’enfant ?

As-tu besoin de savoir où tu vas pour aller ?

Est-ce que tu agis pour une cause quelconque ?

Pourquoi le monde marche-t-il, lui ?

Pourquoi vois-tu ce petit globe tourner toujours sur lui-même, si vite, avec ses habitants étourdis ?

smar : Comme la création est vaste !

Je vois les planètes monter, et les étoiles courir, emportées, avec leurs feux.

Quelle est donc la main qui les pousse ?

La voûte s’élargit à mesure que je monte avec elle, les mondes roulent autour de moi, je suis donc le centre de cette création qui s’agite !

SMAR, de Gustave Flaubert.

Oh ! Comme mon cœur est large !

Je me sens supérieur à ce misérable monde perdu à des distances incommensurables sous mes pieds ; les planètes jouent autour de moi, les comètes passent en lançant leur chevelure de feux, et dans des siècles elles reviendront en courant toujours comme des cavales dans le champ de l’espace.

Comme je me berce dans cette immensité !

Oui, cela est bien fait pour moi, l’infini m’entoure de toutes parts, je le dévore à mon aise.

Ils montent toujours.

D’autres beautés et magnificences du temps présent seront perdues ; par exemple, chez ces gens-là, on ne verra plus de ces budgets, tels que celui de la France actuelle, lequel fait tous les ans une pyramide d’or de dix pieds carrés de base et de trente pieds de haut.

Une pauvre petite île comme Jersey y regardera à deux fois avant de se passer, comme elle l’a fait le 6 août 1866, la fantaisie d’un pendu (2) dont le gibet coûte deux mille huit cents francs. On n’aura pas de ces dépenses de luxe.

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SMAR, de Gustave Flaubert.

Cette nation aura pour législation un fac-simile, le plus ressemblant possible, du droit naturel. Sous l’influence de cette nation motrice, les incommensurables friches d’Amérique, d’Asie, d’Afrique et d’Australie seront offertes aux émigrations civilisantes ; les huit cent mille bœufs, annuellement brûlés pour les peaux dans l’Amérique du Sud, seront mangés ; elle fera ce raisonnement que, s’il y a des boeufs d’un côté de l’Atlantique, il y a des bouches qui ont faim de l’autre côté.

Sous son impulsion, la longue traînée des misérables envahira magnifiquement les grasses et riches solitudes inconnues ; on ira aux Californies ou aux Tasmanies, non pour l’or, trompe-l’œil et grossier appât d’aujourd’hui, mais pour la terre ; les meurt-de-faim et les va-nu-pieds, ces frères douloureux et vénérables de nos splendeurs myopes et de nos prospérités égoïstes, auront, en dépit de Malthus, leur table servie sous le même soleil ; l’humanité essaimera hors de la cité-mère, devenue étroite, et couvrira de ses ruches les continents ; les solutions probables des problèmes qui mûrissent, la locomotion aérienne pondérée et dirigée, le ciel peuplé d’air-navires, aideront à ces dispersions fécondes et verseront de toutes parts la vie sur ce vaste fourmillement des travailleurs ; le globe sera la maison de l’homme, et rien n’en sera perdu ; le Corrientes, par exemple, ce gigantesque appareil hydraulique naturel, ce réseau veineux de rivières et de fleuves, cette prodigieuse canalisation toute faite, traversée aujourd’hui par la nage des bisons et charriant des arbres morts, portera et nourrira cent villes ; quiconque voudra aura sur un sol vierge un toit, un champ, un bien-être, une richesse, à la seule condition d’élargir à toute la terre l’idée patrie, et de se considérer comme citoyen et laboureur du monde ; de sorte que la propriété, ce grand droit humain, cette suprême liberté, cette maîtrise de l’esprit sur la matière, cette souveraineté de l’homme interdite à la bête, loin d’être supprimée, sera démocratisée et universalisée.

Il n’y aura plus de ligatures ; ni péages aux ponts, ni octrois aux villes, ni douanes aux états, ni isthmes aux océans, ni préjugés aux âmes.

SMAR, de Gustave Flaubert.

Les initiatives en éveil et en quête feront le même bruit d’ailes que les abeilles.

La nation centrale d’où ce mouvement rayonnera sur tous les continents sera parmi les autres sociétés ce qu’est la ferme modèle parmi les métairies.

Elle sera plus que nation, elle sera civilisation ; elle sera mieux que civilisation, elle sera famille.

Unité de langue, unité de monnaie, unité de mètre, unité de méridien, unité de code ; la circulation fiduciaire à son plus haut degré ; le papier-monnaie à coupon faisant un rentier de quiconque a vingt francs dans son gousset ; une incalculable plus-value résultant de l’abolition des parasitismes ; plus d’oisiveté l’arme au bras ; la gigantesque dépense des guérites supprimée ; les quatre milliards que coûtent annuellement les armées permanentes laissés dans la poche des citoyens ; les quatre millions de jeunes travailleurs qu’annule honorablement l’uniforme restitués au commerce, à l’agriculture et à l’industrie ; partout le fer disparu sous la forme glaive et chaîne et reforgé sous la forme charrue ; la paix, déesse à huit mamelles, majestueusement assise au milieu des hommes ; aucune exploitation, ni des petits par les gros, ni des gros par les petits ; et partout la dignité de l’utilité de chacun sentie par tous ; l’idée de domesticité purgée de l’idée de servitude ; l’égalité sortant toute construite de l’instruction gratuite et obligatoire ; l’égout remplacé par le drainage ; le châtiment remplacé par l’enseignement ; la prison transfigurée en école ; l’ignorance, qui est la suprême indigence, abolie ; l’homme qui ne sait pas lire aussi rare que l’aveugle-né ; le jus contra legem compris ; la politique résorbée par la science ; la simplification des antagonismes produisant la simplification des évènements eux-mêmes ; le côté factice des faits s’éliminant ; pour loi, l’incontestable, pour unique sénat, l’institut.

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SMAR, de Gustave Flaubert
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Le gouvernement restreint à cette vigilance considérable, la voirie, laquelle a deux nécessités, circulation et sécurité ; l’état n’intervenant jamais que pour offrir gratuitement le patron et l’épure.

SATAN : Ce sont les œuvres de Dieu, elles frappent, elles déracinent, elles dévorent.

Vois comme les rochers sont frappés ; entends-tu l’Océan qui les ébranle et qui voudrait les déraciner pour les rouler dans son sein avec les grains de sable ?

SMAR : Comme les vagues sont hautes ! (Il se rapproche de lui.)

Celle-ci monte, elle va me prendre dans son vaste filet d’écume pour me rouler avec elle…

Ah ! Elle tombe, elle meurt…

Au secours ! Au secours !

Il veut fuir. Satan l’arrête.

SMAR, de Gustave Flaubert.

SATAN : Que crains-tu donc, homme fort ?

Tâche de donner un coup de pied à l’Océan, ta colère ne fera pas seulement jaillir un peu d’eau.

Smar veut courir, il trébuche, il tombe sur les pierres ;

Satan le traîne pour le relever.

Les vautours battent des ailes contre les rochers et ne peuvent monter plus haut.

De grosses vagues noires se gonflent en silence et s’abaissent, la mer semble lassée.

SMAR : Grâce ! Grâce !

SATAN le traîne sur les genoux : Debout ! Debout !

Homme fort, la tête haute devant la tempête !

Est-ce de cela que tu as peur ?

Une vague, qu’est-ce donc ?

N’as-tu pas une âme immortelle ?

Que te fait la vie ?

SMAR : Pitié ! Pitié !

SATAN : Allons donc, image de Dieu, sois aussi grand que la pierre qui résiste.

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SMAR : Tout me manque.

Si cette mer allait avancer encore !

Si ces rochers allaient marcher vers le rivage ! … la mer va m’entraîner !

Quels horribles cris ! (Les herbes marines, déracinées, flottent sur la mousse des flots ; les vagues sont fortes et cadencées ; un bruit rauque se fait entendre quand le flot se retire.

On dirait que la mer veut arracher le rivage, elle se cramponne aux galets, mais elle glisse dessus.)

Comme la création est méchante !

Est-ce qu’il y a eu toujours autant de fureur dans l’existence, autant de cruauté dans ce qui est fort ?

Pitié, mon maître !

Dis-moi donc si cela dure toujours, si cette colère est éternelle.

SATAN : Voyons !

Toujours ! Smar, ne t’ai-je pas dit que le mal était l’infini ?

SMAR : Non, l’homme n’est point cela.

Son corps tombe sous les coups, son cœur se ploie sous la douleur.

SATAN : Car son corps n’est point d’acier, mais son cœur est de bronze au dehors et de boue au dedans.

Oh ! Pauvre homme !

Tu es bien pétri de terre, l’eau et le soleil te soulagent et te nuisent.

SMAR : Pourquoi donc tant de maux ?

Pourquoi la vie est-elle ainsi pleine de douleurs ?

SATAN : Pourquoi la vie elle-même ?

Pourquoi la tempête ?

Si ce n’est pour faire et pour briser l’une et l’autre.

SMAR : Et cela est depuis des siècles, et la terre n’est pas usée !

SATAN : Non, mais chaque pied qui a marché sur elle a creusé son pas ineffaçable ; celui du mal l’a percée jusque dans ses entrailles.

SMAR : L’Océan est ce qu’il y a de plus grand.

SATAN : Oui, c’est ce qu’il y a de plus vide.

Quelle colère, n’est-ce pas ?

Il est jaloux de cette terre, depuis ce jour où il fut refoulé sur son lit de sable où il se tord, et comprimé dans ses abîmes qui engloutissent les flottes et les armées, car, avant, il allait, il battait sans rivages, et le choc de ses flots n’avait point de termes, les vagues ne couraient point vers la terre, elles ne mouraient jamais, et la même pouvait rouler, rouler, pendant des siècles sur la surface unie de l’onde ; un immense calme régnait sur cette immensité.

SMAR, de Gustave Flaubert.

SMAR : Ne parles-tu pas de ces époques inconnues aux mortels, où la création s’agitait dans ses germes, où la mer roulait des vallées, et où la terre avait des océans sur elle ?

SATAN : Oui, alors que les vagues remuaient dans leurs plis la fange sur laquelle on a bâti des empires.

SMAR : Il y avait donc du repos alors… est-ce que le chaos était bon ?

SATAN : C’était l’autre éternité, une éternité qui dort et sans rien qu’elle broie.

SMAR : Et pas un cri sur tant de surface ?

Pas une torture dans toutes ces entrailles ?

SATAN : Non, la terre et la mer étaient de plomb et semblaient mêlées l’une à l’autre, comme de la salive sur de la poussière.

Et quand la création apparut, la terre fut retirée, et l’Océan refoulé dans ses fureurs ; depuis, il s’y roule toujours.

Un jour cependant il en sortit.

SMAR : Au déluge, on me l’a dit, quand tous les hommes furent maudits et que la corruption eut gagné tous les cœurs.

SATAN : Alors les fleuves versaient leurs eaux dans les campagnes ; leur lit, ce fut les plaines ; la mer tira d’elle-même des océans entiers, elle monta d’abord plus haut que de coutume, elle gagna les cités et entra dans les palais, elle battit le pied des trônes et en enleva le velours.

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